dimanche 22 octobre 2017

Périple YAKRO/ BKO, by bus.


J’avais décidé qu’une fois terminée la conférence, j’irais à Bamako suivre les quelques petits projets que j’essaie d’y mener. Et ce serait en bus, vus les tarifs par avion, prohibitifs comme dans toute la région. 25 000 CFA contre plus de 250$ pour les « low cost » aériens, autour de 400 pour les compagnies établies, ya pas photo. Ca pose une vraie question d’ailleurs. Pourquoi si cher ? Sur des distances comparables (et la distance au final compte peu), on voyage pour moins de 100€ sur les lignes intérieures nigérianes, ou en Afrique de l’Est. Où est l’erreur ? Manque de compétitivité des compagnies, ou étranglement par les taxes et droits ? Et nul qui proteste et fait pression, tant parmi ceux qui prennent l’avion rares sont ceux qui payent de leurs deniers, et pour les autres, l’avion appartient à un autre monde. Fin de la digression.
Notre itinéraire, en violet.
Je m’étais donc renseigné. Le bus quitterait Yamoussoukro le matin à 5h, et on me promettait une arrivée possible à 22h. Le temps ne me manquait pas. Billet payé, place réservée, on m’avait bien sermonné d’être à l’heure, et – service personnalisé – on m’a même appelé à 4h15 pour me demander si j’étais en route, ou pour vérifier que je m’étais bien réveillé. La gare routière baignait encore dans la torpeur du halo de brume que peinaient à traverser les lampadaires. Mon arrivée a créé un début d’agitation, et soulagé de l’impatience. Apparemment on n’attendait que moi, seul passager à embarquer semblait-il. Sur les bancs devant le minuscule bureau de la compagnie les silhouettes s’ébrouent. On enregistre mon bagage et me voilà placé sur un des rares sièges qui restent mais bien devant, entre un gars peu loquace et un jeune qui part à Kankan, en Guinée, enterrer son père. Ce sera un bon compagnon.

Une idée de l'ambiance autour de l'arrêt du bus, vers 5h.
On démarre donc, et avant l’heure. J’apprendrai qu’en fait le bus a quitté Abidjan à 22h la veille, et a passé la nuit à Yamoussoukro. Seulement pour m’attendre ? Trop d’honneur, je ne pense pas. Et j’aurais pu tout aussi bien partir à 1 ou 2h du matin, si on m’avait dit. Plutôt je crois pour le timing des étapes suivantes. Mais on comprend que les passagers aient eu hâte. Ca ne faisait que commencer.

Première halte, tout juste à la sortie de Yakro, sitôt terminée la vaste avenue à deux fois trois voies, et que commence la longue petite route vers le nord. Barrage. Herses et barre à pointes sur roues. Quelques personnes autour, de vagues uniformes. Un homme en postures d’autorité s’affaire, fait fermer la voie. Le jeune contrôleur du bus (le « conductor » ou « spanner boy », en Afrique anglophone, le gars à tout faire, pour toute situation, une fois les billets vérifiés) descend et va de l’un à l’autre, revient, parle au chauffeur, repart. Le barrage se lève, accord a été trouvé, certainement élevé, on peut vraiment partir.
Plus loin, sur la route, il y aura une dizaine d’autres points de contrôle, qu’on passe parfois sans s’arrêter, ou à peine, le temps que le chauffeur tende la main à l’uniforme qui s’approche.

Il est à peine plus de 7h quand on arrive à Bouaké. Tout est humide d’un crachin maussade, dans le petit jour blême. Le bus se gare dans un méchant espace clos de parpaings. Tout le monde descend. Le sol est boueux, flaques, gravats piétinés. Ca grouille autour du bus, à grands cris, pour charger des tas de ballots et les esquicher dans les soutes, à grands coups de tatanes. Toute proche, une rangée de petites vendeuses – surtout des femmes – qui proposent sodas, sacs à dos, parfums, viande grillée, un brouet léger de céréales bien chaud, qui a grand succès, des sandwiches aussi, où dans une demi-baguette bien blanche on entasse force victuailles diverses. Je cherche mon bonheur, à cette heure de la journée. Mais d’abord les toilettes. On me les montre, au fond. Plus que rudimentaires. Trois
Ajouter le crachin, un sol défoncé trempé
cubicules à ciel ouvert, un trou carré dans le béton, une porte qui a du mal à fermer. Ca fera. Je jette ensuite mon dévolu sur une grosse dame qui fait des beignets fort appétissants. Quatre feront du bien. 80 CFA, 12 centimes d’Euro. Ce travail n’est pas rémunéré. Mais je voulais boire quelque chose de chaud, et ne trouvais rien aux alentours. Mon voisin guinéen aussi d’ailleurs. On demande, et on nous désigne, un peu plus bas, à une centaine de mètres, une gargote. Le bus ne partira pas de sitôt, on y va. Bingo ! Sous un auvent, au milieu d’un comptoir où on peut s’asseoir, un gars manie ses machines. Bouilloire et petit percolateur. Nescafé ou expresso ? Ca ne se discute pas. Avec les gestes d’un barista italien, il vide d’un coup sec le réceptacle, remplit de poudre, fait couler. Délicieux café. Très bonne initiative commerciale, l’expresso de rue ! J’en avais déjà vu un, et dégusté, dans un petit kiosque à Abidjan.

Malgré cette bonne surprise, je ne peux m’empêcher de comparer avec le transport par bus en Afrique de l’Est, sur toutes les routes que j’y ai prises. Ici chaque compagnie fait arrêt à son propre espace, situé chaque fois au profond de la ville, ce qui oblige à des détours par des ruelles (Korhogo, Sikasso) parfois totalement défoncées comme à Bougouni. Et pour aboutir à des lieux où rien n’est prévu pour le passager, sauf un ou deux maigres tabliers. Et ça dure des heures. Là-bas, les arrêts se font le long de la route, sur des espaces spécifiques aménagés – souvent couplés à des stations-services – des magasins, de la restauration (locale, et de qualité), des toilettes décentes, et tout un car est servi, a consommé, est reparti en 15-20mn. Rien à voir. La raison m’échappe.

Il est déjà presque 8h30 quand on quitte Bouaké. Le ruban de goudron défile, avec pas mal de nids de poule qui font zigzaguer le bus. Somnolence, lecture, bavardages. Mon voisin est donc Guinéen. Mais né en Côte d’Ivoire. Son père s’y était établi jeune, avait travaillé, et fini par posséder un atelier de mécanique florissant, plus machines qu’autos, et lui y travaille encore, avec ses frères. Le père, arrivé à la retraite, s’est retiré à Kankan, après tant d’années. Je lui pose la question de la nationalité. Il se dit spontanément guinéen. Devenir Ivoirien ? la question ne se pose même pas, ça ne se fait pas. Ces pratiques si restrictives, ce refus du droit du sol, un peu partout d’ailleurs, me laissent perplexe. Etranger, toujours, ad vitam aeternam, et ça semble naturel. Ca interroge aussi d’ailleurs sur l’acquisition de la nationalité, chez nous. Comment est-ce vécu ? Intériorisé ?

Le bus ressemblait à quelque chose comme ça
Entre temps, drame. A peine sortis de Bouaké, alors que j’avais prévu de bien m’en servir en chemin, voilà mon téléphone bloqué. J’avais bien reçu la veille après-midi, un dimanche, un avis me demandant de passer dans une boutique Orange pour m’identifier, faute de quoi la ligne serait suspendue. Surpris d’abord : j’avais acheté ma SIM à l’aéroport, on avait bien enregistré mon passeport, quoi de plus ?? Je m’étais dit ensuite que je ne pouvais rien faire un dimanche, ni le lundi dans le bus, mais qu’ils me laisseraient bien le temps de passer la frontière. Eh bien non, suspendu d’office, illico presto ! Et le message disait : aller dans une
La route, longue, peu fréquentée, nids-de-poule en plus
boutique, ou appeler tel numéro, le service clientèle. Sauf que quand j’ai fait le numéro, c’était la même rengaine : celui là non plus n’était pas accessible avec ma ligne. Malchance, mon Guinéen était à court de crédit. On avait traversé Korhogo sans s’arrêter, donc sans qu’il puisse en acheter. Je fais appel à un jeune contrôleur, pas le même, un autre, dès que je le vois cesser d’être fixé à son smartphone, et il me le passe gentiment. Je fais le numéro indiqué. Ca sonne 36 fois, sans décrocher. Avant que le réseau disparaisse. On recommence. J’obtiens finalement quelqu’un en ligne, et le temps de commencer à expliquer, hors zone de couverture. J’ai fini par renoncer. Mais écœuré par les méthodes d’Orange. Pas la première fois, au Mali aussi. Visiblement, l’attention au client, la culture de service n’est pas leur fort. Ce n’est pas lui le roi. Ca reste à l’ancienne, on mène à la trique, autoritairement. Même dans les grandes entreprises du privé. Au final, je ferai mes appels de la frontière, avec ma SIM du Mali. Mais j’ai perdu tout le crédit restant, et les Mo aussi.

Et nous voilà à Ferkessédougou, dont j’ignorais même l’existence. Et là stupeur ! Une bourgade sympathique, à un croisement de routes, comme plusieurs traversées jusque là, mais des avenues immenses, doubles voies, lampadaires tout du long. La verdoyance de la végétation en moins, c’est un autre Yamoussoukro. Je m’étonne et comprends vite. C’est le pays de Guillaume Soro.
Démesure, surdimensionnement, gabegie. Quel impact économique ces trois ou quatre kilomètres ?
Les travaux sont depuis quasi achevés, c'est encore plus somptueux.
Mais voir aussi, au loin, la route "normale" qui reprend.
avant que reprenne, sitôt les dernières maisons, la petite route défoncée – moins que plus au sud, il est vrai, mais quand même. Rares sont les portions où le bus peut prendre une vitesse de croisière. Combien d’enfants éduqués avec les sommes dépensées à des autoroutes urbaines (faudrait plutôt dire bourgaines) où circulent de rares véhicules ?

D’ailleurs, une autre chose me frappe : le peu de circulation, finalement, sur cet axe quand même majeur, qui relie Yamoussoukro aux villes du nord, et au-delà au Mali. Une voie internationale. Or, des camions, certes, avec leurs containers, quelques bus, mais très peu de véhicules plus légers, de voitures particulières. Celles-ci n’apparaissent qu’en pénétrant dans les agglomérations. On ne se déplace pas. Peu d’échanges. D’activité en fait. Là encore le contraste est frappant avec l’Afrique de l’Est. Ou le Nigéria.

Mais on approche de la frontière. Il est près de 17h. Les barrages d’ailleurs se sont faits plus rapprochés. Un des jeunes contrôleurs se lève et s’adresse aux passagers. En substance, on a le choix. Soit on se cotise, et le passage ne sera qu’une formalité, soit … ça va prendre des heures car les douaniers vont tout contrôler, ouvrir tous les bagages, je vous dis pas. En gros, il faudrait dans les 200 000 pour être bien tranquilles. Ca fait gros, en effet ! Je ne sais pas d’où il sort ce chiffre. Réel ?
La zone frontière ressemble un peu à ça.
Beaucoup de va-et-vient, d'activité d'agitation :
gens qui passent, petits vendeurs, "assistants", moto-taxis, etc..
Gonflé pour prendre leur part eux aussi, après tout ? J’observe. Les réactions dans le bus sont houleuses. Ca rechigne. Certains de dire qu’ils n’ont pas de bagages, et ne voient pas pourquoi ils paieraient. Les autres de soutenir que c’est l’intérêt commun d’en finir vite, et que chacun doit contribuer. Une bonne partie de la discussion m’échappe, faute d’entendre, ou de comprendre la langue. Quand le collecteur passe, je donne 2000, ce qui me semble une côte mal taillée entre les principes, mon unique valise, mon étrangeté, et le souhait de me fondre dans le groupe. Pas de remarque.

La frontière. Tout le monde descend. On prend les pièces d’identité au sortir du bus. Moi, avec mon passeport, on me dit d’aller vers la droite, tandis que les autres s’agglutinent devant une petite bâtisse. Mon passeport mettra du temps à revenir, mais l’officier affable enregistrera soigneusement les informations dans un grand livre, avant de me le rendre tamponné. Il y a encore du temps avant que c’en soit fini pour les autres, appelés un à un. Apparemment, me dira mon ami guinéen, on demande 1000 chacun, et c’est bon. Mais paraît-il, les Mauritaniens, c’est 5000. Allez savoir pourquoi ! Les petits marchands assaillent. Cartes SIM et crédit téléphonique, changeurs d’argent (qui change quoi, entre deux pays de la zone CFA ?), eau fraîche, quelques grignotages. Pendant ce temps, le personnel du bus – ils sont au moins cinq, dont deux chauffeurs – est attablé devant un gros plat de riz sauce graine. Ils ont leur coin, réservé. Rien de tel pour les passagers. On réembarque pour aller de l’autre côté, malien. Même topo, ramassage des pièces, regroupement et appel nominal, obole. Moi, on se contente de me tamponner. Je n’ai pas eu droit au même accueil qu’à mon précédent passage, voilà trois ans, quelques mois après l’intervention française. On m’avait fait asseoir dans un fauteuil, l’officier en personne était venu s’occuper de moi, et me dire la gratitude pour les avoir préservé de l’invasion djihadiste. Touchant.
Ensuite, le passeport tamponné, il faut aller rejoindre les autres et le bus, stationné sur l’aire des douanes. Quand j’arrive, les portes des soutes sont relevées, un douanier bien en chair, entouré d’un essaim de passagers, inspecte vaguement, désigne de sa baguette, ça discute, bruits de voix au loin. Je
Le poste frontière
prends soin de ne pas m’approcher ni d’entrer dans le champ de vision, pour pas donner envie de s’intéresser à ma valise. Mais le tour continue, lent et tout en postures. Sans s’intéresser à moi. On attend après encore vingt bonnes minutes occupées à je ne sais quoi (négociations ? ) avant d’embarquer, et au bout d’un moment encore repartir. La nuit est tombée, nous entrons au Mali.
Pour s’arrêter très peu après : un lieu au bord de la route où abondent petits marchands de tas de choses. Faut se reposer et se restaurer. J’achète pour 200CFA je crois de viande fumée coupée menu, très savoureuse. De l’eau fraîche, un peu de thé. Je cause avec d’autres passagers, sympathique. Mais l’heure tourne, le temps passe, se perd.

Etape suivante, après deux barrages et contrôle des papiers, Sikasso. Le bus se fraie un chemin au cœur de la ville et parvient à manœuvrer au millimètre pour se garer dans la cour de la compagnie. Et là c’est l’effervescence. On débarque une très grande partie des colis chargés à Bouaké – en grand nombre, et on comprend mieux les termes du débat sur la « cotisation ». En effet, pourquoi ne fait-on pas payer, au départ, un supplément par bagage, pour les frais « en route » ? Les passagers avec qui j’avais fait causette nous quittent aussi : ils s’arrêtent là pour prendre un autre bus vers Mopti. Bonne route ! Et on repart, déjà presque 22h.

Nouvel arrêt, à l’entrée de Bougouni. Un barrage. Une partie du staff descend. Et on attend, le temps passe, plus d’une demi-heure, rien ne bouge. Calme plat, dans la nuit bien avancée. Je m’impatiente et demande. C’est la douane. On discute. Et ça dure encore. Tout à coup, les gens reviennent, démarrage, ça repart. Pas pour longtemps car dans Bougouni voilà qu’on quitte la route pour s’enfoncer par un chemin défoncé – le bus brinquebale, a des hoquets, nous secoue de droite et de gauche – tout ça pour atteindre l’arrêt de la compagnie. Encore 20mn d’arrêt. Pourquoi ? nul ou presque ne semble être descendu, ni monté, mais bon…

Tous ou presque sommeillions, le bus allait bon train, sur le dernier tronçon vers Bamako, quand grande secousse : le bus venait de prendre un profond nid de poule à vive allure, et allait bientôt s’immobiliser, un pneu crevé. Il était déjà près d’une heure du matin. On descend tous et dans la nuit fraîche on se répartit le long de la route bordée de hautes herbes. Les « spanner boys »(le nom est bien mérité) s’affairent, entourés d’un groupe d’observateurs bruyants, qui conseillent. Quelques véhicules, camions, bus, passent, de temps à autre. Le cric est installé, la roue crevée démontée, la roue de secours est amenée mais, enfer et damnation ! quand on la présente, le bus n’est pas assez soulevé pour qu’elle puisse se loger. Les voix autour s’amplifient, chacun doit y aller de son conseil, de son yaka. Un camion finit par s’arrêter. Discussion. Un autre cric est installé, tandis que le camion est déjà reparti. La roue installée, on repart.


Un ou deux arrêts pour contrôles rapides encore, et nous voilà arrivés à Bamako. Il est plus de 3h du matin. Fatigue et un peu d’énervement. Mon voisin guinéen décide d’attendre 6h pour continuer vers Kankan. Je prends un taxi pour rejoindre la chambre que j’avais pu retenir. Heureusement, on peut y arriver à toute heure.

lundi 16 octobre 2017

La Légende de Yambo

J'avais écrit ça après ma vaine tentative de le rencontrer, en décembre 2013.
Et voilà qu'il n'est plus. Reste ...   

LA LEGENDE DE YAMBO

Le ruban de bitume file vers le nord, devant nous, qui resterons là presque deux jours, à regarder passer camions et voitures. Non loin, l’embranchement en a laissé partir d’autres, vers Mopti, ou vers le pays dogon et le Burkina. Assis sous l’ombre éparse d’acacias, dans des fauteuils 60s, bas, tout de fils plastiques tendus, nous attendons. La théière chauffe sur ses braises. Amis, connaissances passent, s’arrêtent, discutent. Chacun, en sirotant son verre de thé, a son histoire sur Ouologuem, qui habite à quelque cinquante mètres de là.

Dans les années 60
Son prix Renaudot en 1968 lui avait valu la notoriété, mais aussi l’hostilité sourde de l’intelligentsia africaine d’après les Indépendances, dont Le Devoir de Violence sapait les bases idéologiques. La polémique sur ses plagiats, après la plainte de Graham Green, l’a atteint en plein vol. Crash, acharnement, lynchage. Il a disparu.

On me dit qu’il vit seul, avec sa femme malienne et les enfants qu’il a eus d’elle. Déjà grands. Il sort peu, mais quand même tous les jours. Surtout pour aller sur la tombe de sa mère. T’inquiète, il va venir, tu pourras le voir.

Sévaré, à quelques kilomètres de Mopti l’antique. Le bourg prolifère à partir du carrefour, boutiques et maisons basses sans cachet, décor de Far West. Là est sa villa, derrière un portail bien rouillé.

Le lycée de Bandiagara, la capitale des Dogons, porte son nom. Il aurait refusé, d’abord, mais un camarade serait venu lui dire « Si tu ne veux pas qu’il porte ton nom, ils n’ont qu’à lui donner le mien ! – Va donner ton nom chez toi, pas ici ! » C’était un Bosso, un parent de plaisanterie des Dogon. On peut tout se dire entre parents de plaisanterie. Il a fallu accepter.

J’avais déjà, quatre mois auparavant, dépêché une ambassade, un ami qui allait à un mariage à Mopti, et que j’avais chargé de préparer le terrain d’une rencontre, d’un entretien, « to pay my respects », l’expression serait à prendre au pied de la lettre par cet angliciste distingué. Cela n’avait rien donné, malgré l’entremise de l’épouse, qui avait fait bon accueil. Il ne veut voir personne, parler à personne d’étranger, surtout pas de Blanc. Par hasard, un autre ami de Bamako, à qui je parlais de ma déconvenue, me dit que son frère, qui habite Sévaré, connaît bien Ouologuem, que celui-ci lui rend souvent visite, qu’il m’aiderait à le rencontrer. Je décide d’y aller.

On me dit qu’il est très pieux, qu’il jeûne tous les jours, sauf les jours de fête, qu’il passe son temps en prières, toujours plongé dans les livres saints.

Les voitures passent, les camions, vers le Nord. Un convoi de 5 ou 6 semi-remorques, chargés de gros conteneurs blancs immaculés, frappés du sigle UN. Tiens, ils s’installent ceux-là ! Ils sont venus pour rester !

On me dit que quand il est revenu il était obèse, difforme, qu’il pouvait à peine marcher. On me dit qu’il est revenu enchaîné et que c’est moi qui ai soigné les blessures causées par les liens. On me dit que c’est son père qui est allé le chercher à Bamako, et l’a ramené au village, au cœur du pays dogon. On me dit que pendant des mois, des années, il l’a soigné, avec la médecine traditionnelle, l’a forcé à marcher et marcher encore, 5 km par jour, on me dit, du côté de Bandiagara, jusqu’à ce qu’il retrouve son corps, et sa tête. Qu’il se reconstruise, qu’il puisse vivre à nouveau. Au moins une partie de sa tête.

On me dit que quand il sort et vient te voir, dans ses amples vêtements d’étoffe dogon tissée main, armé d’un long bâton, il est toujours ronchon, exigeant. Demande un service, veut que ta femme lui serve ceci ou cela, critique toujours quelque chose, ce qui est moderne, dans la maison. Et gare si tu ne t’exécutes pas ! Il peut se fâcher et ne plus revenir pendant des mois. Mais comment refuser à ce grand aîné ? Il commande le respect.

Je lui avais fait passer mon travail sur Le Devoir de Violence. J’y reprends les plagiats de Greene et de Schwarz-Bart, plus un autre passage repris de Another Country, de Baldwin, que j’avais découvert par hasard. J’y analyse la structure du roman comme le parcours de la littérature universelle, en tout cas occidentale, du récit mythique à l’épopée, puis au roman, pour aboutir au théâtre symbolique, ou de l’absurde. J’y montrais comment les « plagiats » réécrivent les textes, les déconstruisent pour en faire ressortir la vérité, qu’ils ne sont pas copie mais lecture et re-création. J’avais intitulé mon travail L’Intertextualité dans « Le Devoir de Violence », comme on disait en ces temps de sémiotique.

Il y a deux fous dans ce quartier de Sévaré. L’un, jeune et nu sauf d’un pantalon en lambeaux, va et vient le long de la route, fouille ou fourrage ça et là avec un bâton, sous notre regard indifférent, tout au long du jour. Il ne s’approchera pas pour le thé, on ne lui en proposera pas non plus. L’autre est plus âgé, vêtu strictement en veston élimé, une serviette noire sous le bras, look instit rigoureux. Il suivra précisément, les deux jours, le rituel qu’on m’avait décrit d’avance. Il arrive à 11h précises, salue de loin ceux qui sommes assis autour du thé et va sous un certain arbre à peu de distance. Il pose sa serviette, balaie un petit espace, s’y plante debout, tourné vers la route, coudes au corps, mains ouvertes paumes vers le ciel. Il prie. Puis ramasse sa serviette et repart. Quotidiennement.
On me dit de Ouologuem qu’il a mauvais caractère. Souvent il frappe de son bâton. Mais il est intéressant, on me dit. Souvent dans ses conversations on ne s’aperçoit même pas qu’il est fou.

Mon guide, le frère de mon ami, qui a conseillé cette approche (on s’assoit à proximité, et on attend sa sortie pour l’aborder) est allé aux nouvelles. Il ne se sentirait pas très bien, il est en prière, pas sûr qu’il sorte de sitôt. On va manger un tiep dans un maquis proche, avant de reprendre notre attente.

On me dit que sa mère avait de l’influence sur lui. La seule, peut-être. Qu’il lui obéissait et suivait ses conseils. Quand elle est morte, il est resté près d’elle, et a refusé qu’on emmène le corps, plusieurs jours durant. Il voulait l’enterrer là. Il a fallu le subterfuge de son meilleur ami, qui l’a attiré à l’écart au prétexte de lui dire quelque chose, pour qu’on puisse retirer le cadavre et l’ensevelir. Il en veut depuis à mort à son ami. Et très souvent il va sur la tombe de sa mère, où il s’est fait construire un petit abri. Il n’est pas rare qu’il y passe la nuit.

On me dit qu’il ne veut plus entendre parler de son roman. Qu’il renie son œuvre. Il dit même que ce n’est pas moi qui ai écrit ça. Rejet d’un monde, d’une époque, d’un lui. Reconstruction autour d’une identité dogon, de la tradition, de l’authenticité. Enfermement protecteur.

On m’a dit qu’il est toujours invité aux Rencontres Etonnants Voyageurs, à Bamako. Il serait venu une fois, aurait rôdé dans les allées du Festival, et s’en serait retourné, sans parler, sans participer. Tout peut se lire, dans ce geste.

A une époque où la doxa négro- et pan-africaine imposait l’immanence d’une âme noire, et la vision d’une Afrique idéale que serait venue corrompre et détruire un extérieur colonisant, Ouologuem a dit des sociétés africaines de classes, où des aristocraties imposaient leur domination et exploitaient des masses qui travaillaient pour elles, souvent esclaves. En bref, des sociétés comme les autres. Humaines, trop humaines. 

Ouologuem a dit que ces aristocraties avaient réussi à sortir souvent presque indemnes de la colonisation, se jouant parfois du colonisateur, et, s’étant refait une virginité, se retrouvaient avec un pouvoir intact de manipulation dans les nouveaux jeunes Etats d’après 1960. Ainsi les victimes sont moins les Africains que, en Afrique comme ailleurs et toujours, la « négraille », et celle-ci, aurait dit Jean Genêt, n’a pas forcément de couleur.

C’était prendre à contre-pied toute l’intelligentsia noire d’alors, invalider tout leur discours, leur ôter leur gagne-pain. On m’a dit, à Bamako, la haine qu’avait exprimé pour Ouologuem la veuve d’un des plus grands romanciers africains de l’époque, qui n’avait pas de mots assez durs pour dénoncer le traître et le vendu. Des années après, des paroles toujours assassines. Ouologuem avait été si seul alors, à tenir un discours contre cette bien-pensance. Seul, fors peut-être Kourouma, et son Soleil des Indépendances ; et Kourouma avait dû se taire pendant 20 ans avant de republier. Un discours dont on mesure aujourd’hui toute la pertinence, mais inaudible alors.

Depuis, j’ai retrouvé plusieurs autres reprises, dans Le Devoir de Violence. Internet aide bien. Du Maupassant, plusieurs. Du Flaubert. D’autres encore, de la Genèse aux Mille et Une Nuits, en passant pas des contes de Toscane. Plusieurs autres passages du roman ne peuvent pas ne pas avoir été empruntés : certaines tournures, certains détails le crient. Mais je n’ai pu identifier les origines. Internet a du bon, mais est impuissant, par exemple, lors qu’il s’agit de passages traduits. Il faudrait lancer un appel aux lecteurs polyglottes pour repérer les textes où Ouologuem est allé butiner. Car dès lors, Le Devoir de Violence devient le roman où on parle de l’Afrique dans ce qu’elle a de plus spécifique avec des matériaux de la littérature mondiale. Tour de force, défi inouï, et pied-de-nez à Senghor !

Sous les neems, l'attente, à quelques mètres du portail rouillé de sa maison
Il faut relire Le Devoir de Violence. 50 ans après, quelle analyse, quelle clairvoyance ! Ouologuem, le premier des justes, pour paraphraser le titre de Schwarz-Bart où il est allé puiser. On y parle même d’un Islam radicalisé, manipulé par des puissants qui appellent au djihad pour conserver leur pouvoir dans une société en mutation qui pourrait leur échapper. En 1968.

On me dit qu’il n’accepte, pour se soigner, que la pharmacopée traditionnelle. Qu’il n’a pas de téléphone, bien entendu, alors quand il a besoin il emprunte votre portable. On me dit qu’il demande souvent des rames de papier. C’est bien pour en faire quelque chose, non ?

Le jour commence à faiblir. Le thé jette ses derniers feux. Du bruit du côté du portail. Mon guide se lève d’un bond. Viens, c’est lui qui sort ! Je me lève aussi et suis, à quelque distance. Le portail s’est entrouvert et une grande silhouette brune, aux cheveux blancs, un bâton à la main, s’engage dans l’entrebâillement. Il m’aperçoit, et esquisse un mouvement de retrait, disparaît. Je m’arrête net. Mon guide est déjà là-bas, avec d’autres de notre groupe, et ceux qui sortaient de la maison. Ouologuem revient sur le seuil, ça discute. Je ne bouge pas et attends qu’on m’invite à m’approcher. On est venu me rejoindre. Présentations. L’un des grands jeunes gens est fils de Ouologuem. Avec des amis. On parle, je leur explique ce que je suis venu faire, le motif de ma démarche. Je leur montre la copie de mon travail sur Le Devoir de Violence. Ils feuillettent, tandis que je surveille du coin de l’œil ce qui se passe vers le portail. Comme par hasard, ils tombent sur le passage où est citée la scène d’amour torride entre Tambira et Kassoumi, reprise de Baldwin. Ils se montrent le texte, avec des coups de coudes, et gloussent. « C’est lui qui a écrit ça ? Quand on pense à tous les reproches qu’il nous fait, maintenant, à propos de rien du tout ! » Sait-il que son père a écrit sous pseudo un roman érotique, Les Mille et une Bibles du Sexe ? Entre temps la discussion vers le portail s’était achevée. Ouologuem était rentré, il avait renoncé à sa promenade – et refusé de me voir.

Je reviendrai le lendemain matin, pour attendre encore une hypothétique sortie. On me dit, au bout d’un moment, qu’il est très occupé à lire, et à dessiner des constellations. Il aura compris, ou on l’aura informé, que je fais encore le pied de grue, et ne sortira pas. Mieux vaut laisser à son univers cette intelligence foudroyée.


lundi 5 juin 2017

Démocratie en Afrique et égalité


Je réagis ici à la note de blog très intéressante de Jean-Louis SAGOT-DUVAUROUX intitulée "GUERIR DE LA DEMOCRATIE  ou GUERIR LA DEMOCRATIE" qui répondait lui-même à une tribune du  Pr. ISSA N’DIAYE parue dans MALI ACTU.

Bonjour Jean-Louis
Je te remercie d’avoir attiré notre attention sur ta note de blog, qui partageait déjà tes réactions à la tribune de ce Professeur , et tes vues sur la question de la démocratie en Afrique.
De cette tribune, tu me permettras de ne pas dire grand-chose. J’y ai lu surtout un agglomérat d’a priori largement répétés et d’idées en kit qui traînent dans les médias. Je comprends tes précautions rhétoriques et ta révérence institutionnelle, et tes efforts pour donner un contenu à certaines des idées qui la sous-tendent. Mais ta note elle-même d’abord m’a pas mal appris sur une région et une culture politique ancienne que je connais peu, dans la cadre d’une analyse que je partage volontiers (hormis l’antépénultième paragraphe, dont quelques phrases tombent à mon goût dans les travers que je viens de dénoncer à l’instant).

Outre les rappels que tu fais, fort pertinents, de ce Serment du Manden qui est en effet un texte passionnant, j’ai particulièrement aimé l’observation que tu fais sur les façons de saluer :
«  En Occident, l’individu se représente d’abord comme une monade autonome, comme égal à tous les autres, engagé vis à vis d’eux par des formes génériques de civilité : bonjour Monsieur, bonjour Madame. En Afrique de l’Ouest, l’individu s’affirme d’abord à travers un écheveau de liens spécifiques qui le singularisent et lui confèrent une place distincte dans le bon fonctionnement de la communauté. Ainsi, on se salue en invocant le nom de lignage, le jamu de son interlocuteur : i Jara ! i Kanté, appel à l’histoire de ce nom et aux relations qu’il entretient avec les autres. On se désigne aussi en spécifiant un lien d’âge qui implique chaque fois des formes particulières de civilité : bonjour mon frère, ma sœur, maman, mon fils… »
J’ajouterai qu’on est souvent dans le paradoxe. Notre « Monsieur, Madame », qui vaut largement pour toute personne, quelque soit le lien hormis peut-être pour qui n’est pas adulte, trouve son origine dans une formule d’hommage : on reconnaît l’autre comme son seigneur. Mais cela s’est trouvé vidé de ce contenu, et reconnaît l’autre comme pur individu, à l’instar de soi. Son égal. De la même façon, « mon frère », ou « Papa », etc. inventent le plus souvent un lien de parenté inexistant, mais ce faisant posent le type de relation dans lequel l’interlocuteur entend se situer. Le plus souvent hiérarchisée.

Au-delà de l’anecdote, on touche là je crois à un symptôme fort. Notre culture politique trouve son fondement dans la notion d’égalité à travers le concept de citoyen. Celui-ci, en tant qu’être politique, se trouve délivré, le 4 août, de toute allégeance. Mieux, se trouve interdit de toute allégeance, celles-ci (familiales, communautaires, corporatistes, religieuses, etc.) se trouvant renvoyées dans la sphère du privé ou de l’intime, du choix personnel. Le citoyen est un être libre (exempt de tout lien) et ainsi égal à tout autre citoyen. Bien sûr, il s’agit là d’une construction théorique, abstraite, bien en phase avec le mode de pensée des Lumières  qui l’a produite. Bien sûr, l’être réel dans lequel le citoyen s’incarne est de fait traversé d’affiliations, d’appartenances culturelles, idéologiques, de milieux professionnels, de sensibilités politiques, de traditions. L’égalité, dans nos sociétés, est un horizon, un but à atteindre pour certains. Elle est loin d’être réalisée, actualisée. Disons qu’elle est posée structurellement, a priori, et qu’il s’agit de rapprocher, ou non, la pratique de la théorie.
De mon expérience de vie en Afrique, à côtoyer de près beaucoup d’Africains (ce n’est pas forcément la même chose), il m’est apparu, à ma grande surprise ethnocentrique, et avec le temps qu’il m’a fallu pour prendre toute la mesure de la chose, que les sociétés y sont essentiellement inégalitaires. Je ne parle pas de disparité des richesses, de l’oppression des pouvoirs, mais, comme tu le soulignes, de la représentation de soi et de son monde relationnel. Je n’y mets aucun jugement de valeur. Il ne s’agit pas d’un défaut, d’un manque, d’un retard, d’une imperfection. Il faut le penser comme une problématique autre, un système de pensée différent, un changement de base, pour prendre une métaphore mathématique. Dès lors qu’on entre en relation avec quelqu’un, au-delà du pur fonctionnel « moderne » (et encore), on noue ou on se trouve noué dans un type de relation asymétrique, qui a ses codes, ses règles, ses droits et ses devoirs, ses obligations et ses bénéfices, etc. Don et contre-don. Allégeance et protection. Responsable et obligé (1). L’inégalité n’est pas nécessairement synonyme d’oppression, ou d’exploitation (non exclues pour autant). Elle organise autour de chacun un réseau que ce chacun s’emploie à rendre dense et riche en amont, pour faire pièce à la précarité qui menace et aux exigences des dépendants en aval. Un tissu de solidarités, plus ou moins serré, plus ou moins solide, tant avec l’époque elles tendent à s’éroder. Car tout cela est aussi historique, et ne doit pas être considéré comme immuable, même si encore très prégnant.
Les formes d’organisation politique, qui se sont imposées avec la colonisation, portent à faux avec ce paradigme africain. Elles sont basées en effet, quand il s’agit de démocratie, sur la notion occidentale de citoyen, et sur le principe « One man, one vote ». Cela fonctionne tant bien que mal. Des élections ont lieu, des leaders émergent et dirigent. Certains pays témoignent d’une certaine stabilité institutionnelle, des alternances pacifiques sont observées. Et pourtant … Quand tel président est élu avec une majorité « normale » (entre 50 et 65%, pour simplifier), il faut regarder de plus près.  Très souvent, en fait, cette moyenne dissimule des scores de 85 à 90% dans certaines régions pour l’élu, et les mêmes dans d’autres pour le battu, faisant de l’élection davantage un recensement qu’un débat entre projets de société. Se sont exprimées les allégeances.

Cela dit, quid ? (et non pas « on fait quoi », car c’est l’affaire des Africains ; tout au plus peut-on même pas conseiller – qu’en ont-ils à faire ? – mais commenter).
En son temps, j’avais demandé s’il fallait vraiment élire les présidents au suffrage universel (2), car ce qui est largement présenté comme l’alpha et l’oméga de la démocratie ne se rencontre, en Occident, que dans peu de pays, ou fort récemment (1962 seulement en France, et cela avait soulevé de grandes protestations à gauche). D’autres modalités de désignation à la tête de l’Etat sont possibles, et démocratiques.
Il me semble depuis longtemps que l’essentiel est le débat politique et l’émergence de leaders aux niveaux locaux, celui de la communauté villageoise, et du « pays » ou « terroir », équivalent chez nous au canton ou au département. Les formes de désignation, dans ces cas-là, tout en intégrant la notion du « One man, one vote », peuvent être fort originales, inventives, sujettes à débat politique aussi, pour faire vivre la démocratie locale comme le souhaitent les populations. Celles-ci peuvent avoir d’ailleurs, dans le même pays, des traditions politiques différentes. Il faudrait aussi distinguer les zones rurales et urbaines, où les problématiques se posent tout à fait différemment.
Aux Africains de trouver les formes qui leur conviennent, et peut-être d’abord de se défaire de la servitude à des « modèles » importés. Au-delà, la démocratie indirecte (les assemblées d’un niveau, ou un collège de grands électeurs, désignant leurs représentants au niveau supérieur ou, pour l’Assemblée Nationale, le Président) me semble à considérer, car susceptible de générer des compromis, des alliances, des projets politiques, en cassant ou érodant les affrontements ethniques blocs contre blocs.

Encore une fois, les temps changent. Identités et cultures évoluent, formes d’organisation aussi. Ne voit-on pas progresser la notion d’égalité corollaire d’un rejet des allégeances, mais portée par le discours religieux ? (ce qui n’est pas forcément très favorable pour une démocratie laïque).
Comment les choses vont-elles évoluer ? Il sera de toute façon passionnant d’observer les changements, certainement bien différents de ce qu’on peut imaginer, en espérant qu’il en aille pour le mieux des populations concernées.

(1)    L’égalité ne se retrouve guère qu’entre puissants, qu’entre maîtres de réseaux, dans des relations négociées. Et encore dans ces cas-là, l’âge ou un autre facteur fera souvent que l’un feindra de prêter hommage à l’autre, ou l’autre de couvrir l’un de sa paternelle sollicitude.

mercredi 12 octobre 2016

A mes camarades de gauche - Pour ne pas se tromper d’époque

Ce sera donc Macron. Pas par défaut, ni en désespoir de cause. Ni même pour voter utile et faire barrage à la peste brune. Mais parce que c’est le choix de gauche aujourd’hui.
Mes raisons.

Une vision du monde tel qu’il est, aujourd’hui.

Son analyse politique part d’un constat : le monde a profondément changé, il faut s’y adapter au mieux.
Notre société vit encore sur les grandes fondations posées par le CNR, en 1945, réajustées en 1968. Ce grand compromis historique (qui n’exclut pas le conflit) a longtemps très bien fonctionné, adapté qu’il était au monde d’alors. Désormais, il dysfonctionne, inadapté qu’il est au nouveau contexte.
Pire, il est souvent entré en négativité. Ce qui devait protéger en vient à exclure et marginaliser. Une certaine pratique de l’égalité produit de l’injustice et creuse les inégalités. Des multinationales tiennent la dragée haute aux Etats. Les grandes questions ne se règlent plus au même niveau, internationalement.
Pour ne pas sombrer à moyen terme, pour conserver un avenir dans un environnement international très compétitif, il faut tout remettre à plat, jeter les bases d’un nouveau contrat social qui – si la gauche le veut, si elle s’en donne les moyens – préserve les valeurs auxquelles nous sommes attachés, selon des modalités nouvelles.
Il faut mettre de la justice, de l’égalité des chances, de la solidarité dans un système qui, alors qu’avant on cherchait la stabilité, favorise la fluidité, le changement, la mobilité et l’adaptation.
C’est tout l’enjeu de cette phase du combat politique.

Des candidats à l’ancienne

A droite, Fillon fait le constat que le modèle social craque de toutes parts, qu’il ne peut plus être financé, et propose de raboter, de diminuer, de réduire les prestations, les avantages, mais dans le même cadre, sans perspective autre que la potion amère. De la réaction pure.
A la gauche de la gauche, Mélanchamon restent aussi dans la continuité. Ils défendent coûte que coûte l’état ante, qu’ils promettent de préserver, de conserver tel quel. Comment ? Tout est bon, on emprunte, on distribue, on « prend aux riches », on se coupe de l’extérieur. Postures, rodomontades, coups de menton. En fait, ils se cantonnent dans l’ordre du désir, et le déni du réel. C’est beau comme l’antique, mais ça va dans le mur. Prenez gaarde ! Prenez gaarde ! Arrière-gaarde !!

Contradiction principale et contradiction secondaire

En fait, ce clivage anciens/modernes traverse toutes les familles politiques.
Il traverse la droite et le centre dans des nuances entre fieffés réactionnaires qui veulent tailler dans les avantages sociaux et les avancées sociétales, et des novateurs qui veulent une adaptation aux nouvelles modalités de production et d’échanges, mais avec un niveau de protection sociale minimum.
Le clivage est bien plus marqué à gauche, et remonte en fait à 1983, sur deux points : produire pour redistribuer (intégrer l’économie de marché) et faire le choix de l’Europe (prendre en compte les limites de la dimension nationale). Corollairement : exerce-t-on le pouvoir, pour impulser des choix positifs, même limités ? ou se cantonne-t-on indéfiniment dans la protestation en laissant les choses se faire ?
Le fait, depuis 1983, et surtout pendant ce quinquennat, de ne pas avoir assumé ce clivage et tranché, aboutit à une situation absurde de profonde et confuse division.
De fait, la contradiction essentielle droite/gauche, dans cette phase politique particulière, et dans la perspective de l’exercice du pouvoir, s’estompe derrière celle entre conservation/adaptation. On reste sur le logiciel ancien (devenu hors-réel, dogmatique) ou on trouve les formes politiques adaptées à une réalité nouvelle. Analyse concrète d’une situation concrète, et non nostalgiques postures et ressassage de mythes glorieux. Oripaux de discours qui cachent mal un conservatisme foncier et la pure résistance au changement.

Une démarche de rassemblement

Dans un tel contexte, si on veut peser sur l’organisation sociale en devenir, – et non la subir en bramant comme des veaux, ou assister impuissants à son démantèlement anti-républicain – il faut exercer le pouvoir pour définir la société de la mobilité solidaire, y participer de façon dominante pour obtenir des solutions qui intègrent les valeurs de gauche. Et dans l’immédiat : faire élire à la présidence un homme porté par un mouvement qui peut le permettre.
Macron ratisse large ? Il faut pouvoir réunir une majorité, et on ne le fait pas en excluant. Il faut pouvoir terminer en tête, ou second au premier tour. Rassembler suffisamment pour détourner du FN et de ses tentations nationalistes, anti-démocratiques, périlleuses, et pour battre une droite réactionnaire économiquement comme socialement, adepte de la souffrance imposée.
Y a-t-il du mal à recevoir des soutiens venant d’un large horizon du paysage politique ? L’important sont les axes politiques sur lesquels se font ces soutiens, et la fermeté avec laquelle ils sont maintenus et affirmés.
Faut-il rappeler que justement le Conseil National de la Résistance, qui a jeté les bases de notre société des 70 dernières années, rassemblait des communistes aux démocrates chrétiens, en passant par les socialistes et les gaullistes qui comptaient même parmi eux des individus d’extrème droite qui avaient fait le choix de ne pas collaborer ?
Une démarche de rassemblement n’est pas forcément une horreur pour quelqu’un de gauche, les exemples historiques sont là. Faut-il forcément une guerre ou une révolution violente pour s’y résoudre ? Sommes-nous incapables de négocier et d’opérer des changements structurels profonds – une « révolution » dit Macron – sans contexte dramatique ? Peut-on donner sa chance à Turgot ?

Les enjeux politiques

Mais rassemblement ne veut pas dire « tout le monde il est beau ». Car c’est dans le contexte d’une présidence Macron que se décideront les rapports de force, et les orientations majeures des compromis. Que reviendra, comme naturellement, le clivage droite/gauche, mais dans une problématique nouvelle, refondatrice.
Aurait-on oublié ce qu’est la politique ? Serait-on à ce point imprégné du monarchisme Vème république pour penser que le Président est tout ? Faisons lui crédit d’une sensibilité personnelle de gauche, et il vaut mieux que ce soit celle-là qui soit à l’Elysée qu’une autre. Mais quand bien même, et pour ceux qui seraient méfiants, voire qui penseraient le contraire : ce qui va compter, c’est la suite. Quels seront les équilibres de la prochaine majorité présidentielle (si, comme il faut le souhaiter, il y en a une). Comment s’établiront les équilibres ? de quels poids les forces en présence ? Les législatives vont être au moins aussi importantes que la présidentielle. Il est impératif – à mes yeux - que la gauche soit présente et forte, qu’elle puisse peser, non pas à reculons et par obstruction, comme une bonne partie l’a fait ces 5 dernières années, mais de façon innovante, portant des solutions pétries de ses valeurs. Il faut peser sur le centre de gravité du rassemblement derrière Macron.

En Marche !

Etre de gauche aujourd’hui, surtout pour ceux qui ont été acteurs des années 70 et 80, c’est regarder la réalité du monde et l’analyser tel qu’il est : tout a changé, et les certitudes, les recettes, les perceptions, les a priori doivent être remis à plat, revus, adaptés au nouveau.

Le déni, qui fonde l’approche dogmatique de toute une gauche « radicale », faite de postures, d’a priori jamais questionnés, de fantasmes glorieux et mythologiques, d’anathèmes, de diabolisations, que ce soit sous forme tribunitienne grandiose ou gentiment illusionniste chez Mélanchamon, ne mène à rien. Elle isole une bonne partie des forces de gauche, les jette dans une impasse, alors que, lucides, elles seraient bigrement nécessaires pour contribuer à définir et négocier le contrat social français du XXIème siècle.

Ah ! On les a aimées, nos 70s !

Ah ! on les a aimées, nos 70s ! Pas seulement parce qu’il y avait les Stones, les Beatles, le Rythm’and Blues (un Otis Redding disparu trop tôt, mais aussi Aretha Franklin, James Brown). Bien sûr un peu endeuillés aussi, Jimmy Hendrix, Janis Joplin, mais quelle musique, que les jeunes aujourd’hui écoutent encore ! Ca bouillonnait de tous les côtés, au cinéma, en littérature, pas toujours du meilleur, mais beaucoup de provoc. Tout changer, tout bousculer, puisque l’avenir était assuré, radieux, forcément radieux.

Le corps

On se libérait d’un étouffoir bienséant et convenu, en faisant craquer les contraintes, obstructrices de bonne jouissance. Sous De Gaulle et même avant, sous le couvercle de bonnes mœurs et de contrôle social, le travail de sape avait bien commencé, creusant ses galeries. Il a suffi de quelques bons assauts pour que ça s’écroule par pans entiers. Tout ce qui corsetait, aux orties ! A commencer par les vêtements eux-mêmes, symboles de la contrainte et des entraves. Se dénuder était se libérer. Nager, dormir à poil. Pas de slip sous le jeans. Sentir le contact des tissus soyeux avec l’épiderme. Jamais plus de « tricot de peau », alias marcel ; la chemise, ou le pull, à cru. On en est (j’en suis, en tout cas) encore imprégnés.
C’était, par chez nous, l’aboutissement d’un long processus où la « libération » du corps allait avec, et symbolisait – surtout avec l’habillement féminin -, la libération tout court. La fin du corset, les parties du corps qui apparaissent, on sort tête nue, le maillot de bain puis le bikini, les jupes qui raccourcissent, raccourcissent …
C’était – c’est – notre histoire, et on s’en trouve bien. Qu’on en soit fiers, pour nous-mêmes, est légitime et ne fait de mal à personne. A condition de ne pas croire que ces représentations sont partagées, de prétendre à leur universalité, et de juger le monde entier à leur aune, voire à les imposer.
Il m’a fallu aller ailleurs pour m’apercevoir que ces schémas n’étaient pas partagés. Pour les étudiants de Makerere, se baigner nu, c’était bon pour les paysans au village. Eduqué, on avait un maillot, même pour passer sous la douche. Pour autant qu’on puisse voir, la plupart des Africains, à Bamako, Abidjan, Nairobi, etc. portent des marcels. Pour la sueur, m’a-t-on répondu. Comment partager ce sentiment ancré en moi qu’un marcel m’entraverait, et que je ne consens au Tshirt sous la chemise qu’en cas de froid ? Mais pas la peine d’aller si loin : enfants   et petits enfants achètent des pyjamas !
Dire que le rapport au corps, et donc au vêtement, est culturel est une banalité. Mais il faut en tirer les conséquences. Par exemple, toute la question de la présence de l’Islam dans notre société, en France, se cristallise et s’enkyste autour de la question du voile et autre burkini. Nous sommes français : l’importance accordée au vêtement et à la bouffe nous structure. Mais la conséquence en est que certaines prises de position, parmi les mieux intentionnées, qui voient là un recul, un retour en arrière – je pense à Mme Badinter – s’articulent autour d’une bonne dose d’ethnocentrisme qui les rend inopérantes.
Sortir de soi, des catégories qui nous ont faites – et dont on peut se trouver fort satisfait pour soi-même, voire en éprouver un certain orgueil – demeure un impératif pour agir en personne de progrès dans un monde qui s’est élargi, qui a muté. Sauf à penser, sous couvert d’un discours rouge vif, satisfait de soi et beau comme l’Antique, qu’après nous le déluge.

Le travail

Passons donc aux choses plus sérieuses.
Le monde était quand même plus simple.
D’abord, on s’était bien installés dans la croissance, et l’amélioration des conditions de vie. La salle de bains et la voiture c’était déjà y avait 10 ans. L’électronique démarrait. Le développement industriel et agricole rendaient plus de produits plus accessibles. La télé prenait des chaînes. Et on ne se souciait pas trop que cette prospérité reposait pas mal sur un accès à des matières premières bon marché, obtenues en grande partie dans ce qui n’étaient plus des colonies. C’est plus tard que ça va se rebiffer, du côté des pétroliers. Mais c’est le début de la bascule.
Grosso modo, chacun trouvait sa place, et son rôle. Quand on était embauché par une boîte – et assez peu ne l’étaient pas, une fois passé le stade de l’exode rural – il n’y avait plus grand souci à se faire. Bien souvent, c’était pour la vie, au moins le pensait-on. Même qu’on faisait venir en masse des immigrés pour faire tourner les machines à plein. Au Maroc, lors de la sélection, on gardait les meilleurs pour le développement du Royaume, et on laisssait partir le reste. C’était tellement stable que pour fidéliser cette main d’œuvre, on a permis de faire venir les familles – c’est Giscard qui a introduit le rapprochement familial. Elle ne posait pas vraiment de problème, on ne la voyait pas. Eboueurs la nuit, sur les chaînes, les chantiers, … résidant en foyers ou bidonvilles, à l’écart. C’est quand les enfants ont grandi, qu’ils ont pris des boulots à l’air libre que d’aucuns se sont dit « Tiens … »
Tout n’était pas rose, loin de là. Les conflits sociaux étaient nombreux. Mais dans un entre-soi patronat-salariés. Les choses étaient claires. Chacun savait à qui il avait affaire.
Les patrons, c’était encore bien souvent familial. Des restes des 100 familles d’antan, mais plus encore des plus petits. Attachés par les viscères à leur entreprise, hormis quelques héritiers flambeurs ou bons à rien, mais ils étaient là, avec qui se colleter. Et ils y resteraient. Sinon c’était des nationalisées, et le jeu était clair. Un gouvernement de droite actionnaire, on pouvait s’y opposer d’une pierre deux coups, les conflits étaient réglés comme papier à musique. Pas de crainte de faillite ou autre, c’était pour la vie. Des acquis sociaux quasi privilèges, EDF, SNCF, et ça tirait aussi le reste vers le haut. Et puis il y avait le « grand capital » (la fin prononcée « tÂl » comme Georges Marchais), le phénomène qui de développait, le « Capitalisme Monopoliste d’Etat », l’entrée de la finance au capital des entreprises, les concentrations et restructurations, quelques banques d’affaires qui jouaient le rôle des méchants du moment. Paribas, Rotschild, Worms, pour l’essentiel. Mais ça restait de chez nous, national.
Donc des conflits, des grèves, des manifs. Des victoires tangibles, qui renforcaient l’ardeur à lutter. Sur le temps de loisirs, sur les augmentations de salaire. Tout ça vite grignoté par l’accroissement de la productivité et l’inflation à deux chiffres, qui rabotait et au-delà le gain sur la feuille de paie. Mais l’impression demeurait que le niveau de vie allait s’améliorant, même s’il était certainement dû davantage à une baisse de la valeur des produits en francs constants qu’à une meilleure rémunération du travail. Et régulièrement une bonne dévaluation remettait les pendules à l’heure. Disons même, on bénéficiait de la redistribution d’une partie au moins des fruits de la croissance continue des 30 glorieuses. Donc, l’espoir était là, on pouvait changer ce monde qu’on aimait bien au fond, l’améliorer.

C’est plus la même. Les Japonais, les Chinois, d’autres ensuite se sont mis à fabriquer moins cher ce qu’on faisait si tranquillement nous-mêmes. On a rigolé au début, tellement c’était merdique, puis on a ri jaune. Faillite des usines, délocalisations, entrée des fonds de pension et autres grands investisseurs au capital de nos belles entreprises dès qu’une faille se présente. Même les mastodontes, tous ou presque privatisés, comme les civilisations, sont désormais mortels. Ca peut se crasher comme rien (compagnies aériennes, …), se faire bouffer et disparaître en petits morceaux. Pas seulement quand elles sont en difficulté – là c’est déjà trop tard -, mais si elles n’ont pas anticipé les évolutions, les tendances, prévu les trous d’air. Elles, ce sont les entreprises, les usines, les banques, les services, etc.
Première conséquence, on ne peut plus jouer au rentre dedans pour conquérir des avancées. Des revendications qui fragiliseraient l’entreprise et mettraient en péril sa survie ou son équilibre deviennent contre-productives, la balle dans le pied. On n’en voit d’ailleurs presque plus. Ce qui fleurit, en revanche, ce sont les conflits défensifs, contre les restructurations, les plans de licenciement, les rachats par des géants hostiles ou des ogres douteux. Certes. Mais ces batailles en défense, pour conserver en l’état, si légitimes soient-elles, sont rarement positives. Soit elles échouent, après de longs efforts, soit des compromis bancals sont trouvés, qui de fait retardent plus qu’ils n’empèchent (les engagements pris sont rarement tenus, ou pas longtemps), soit les victoires sont de faux-semblants. Ainsi de la glorieuse lutte des Fralib à Marseille. Il s’agissait au final de conserver l’usine et l’emploi de 182 salariés. Après des mois de grève, une solution de reprise par les employés a été trouvée, avec 57 des anciens conservés, seulement. Une formule innovante, tant pour la production que pour la gestion, mais est-ce si éloigné du plan de licenciement proposé par la direction au début du conflit ? Au-delà de l’aventure humaine et collective, quel est le gain réel ?
En tout état de cause, le syndicalisme de conservation de l’état existant, où protection signifie conserver à l’identique, figer un état par ailleurs dénoncé, mais par précaution ou peur de solutions nouvelles, est à côté de la plaque. Quand Mélanchon dit qu’il ne faut plus de licenciements, il crée des illusions néfastes, il mène à des impasses, il bloque la nécessaire évolution des luttes. C’est de la réaction.
Cela veut-il dire que toute lutte est vaine ou inutile ? Loin de là. Mais mieux vaut qu’elle soit autre. Qu’elle se mène en amont des difficultés, en associant au plus près les salariés à la gestion et à la stratégie de l’entreprise. Donc une lutte pour la représentation des salariés aux conseils d’administration et à la concertation avant les prises de décision. Ce qui signifie un syndicalisme de responsabilité et non d’opposition. Il faut aussi que tous les acteurs discutent les évolutions par définition nécessaires – y compris en termes de fermetures ou modification de postes, de compression de personnel, de mobilité, etc. Cela ne nie pas les contradictions, les intérêts divergents entre capital et travail, la lutte des classes, et les conflits inhérents. Cela les déplace dans le temps et dans les méthodes. Par ailleurs, la gestion du changement et la mobilité exige des dispositifs collectifs hors de l’entreprise, lorsque les solutions ne peuvent être internes (indemnisation des pertes d’emploi, formations de reconversion, aide à la mobilité, etc.). D’où aussi des luttes à mener pour l’amélioration des dispositifs, leur adaptation, et une nouvelle réflexion à mener sur la participation des entreprises à leur financement, puisque cela devient aussi pour elles un service externalisé.

Je n’ai pas parlé de la technologie qui change tout à toute allure. De notre bon temps, quand on sortait de l’école avec un bagage, ça servait longtemps, peut-être toujours pensait-on, à voir les anciens. Classement selon le diplôme de sortie, carrières à l’ancienneté, catégories ou corps bien étanches, on grimpe patiemment les échelons dans son métier ou son activité, ça faisait sens. Quid aujourd’hui quand tous les postes de travail évoluent, TOUS, sauf peut-être le restaurateur de vitraux, ou autres métiers d’art, et encore. Banalité : il ne faut plus espérer une carrière linéaire, mais plutôt savoir qu’on va changer d’activité, de métier, de secteur, de type de statut en tant que travailleur. Ne plus penser en termes de carrière mais de parcours, de trajet ou de trajectoire. Avec au cœur le changement.
Là encore, au risque de se répéter, cela n’exclut pas, bien au contraire, les luttes, les combats sont nécessaires, indispensables, pour organiser un cadre juste, accompagner cette mobilité et ces adaptations. Formation pour se perfectionner ou se reconvertir (et non seulement pour améliorer ses performances dans la boîte), dispositifs pour pouvoir emprunter, accéder à la propriété quand on est mobile et … dirai-je précaire ?  en tout cas pas inscrit dans une stabilité sur 20 ans.
Il faut donc repenser les combats à mener. On retrouve le clivage gauche/droite. La gauche se doit d’inventer – et de mettre en place – ces nouveaux dispositifs qui permettront à chacun de vivre positivement les nouveaux parcours d’existence, et non de les subir sans protection, dans l’absence de règles et de solidarité. Mais il est des mots qu’il faut décaper d’urgence, tant ils piègent dans le discours ancien. J’en vois deux, qui bloquent la réflexion et crispent sur des peurs. D’abord précarité. Péjoratif, négatif en lui-même, il en est venu à être synonyme de changement. Il y aurait précarité dès lors qu’il n’y aurait plus d’emploi à vie, de CDI en béton, de statut coulé dans le bronze. Le changement n’est pas négatif en lui-même – au-delà du sentiment, de l’affectif peut-être, mais il faut évoluer là-dessus. Etre sujet au changement, à la mobilité devient précarité quand sa possibilité (sa menace dès lors) se réaliserait sans aucun accompagnement, sans aucune prise en charge, sans perspective de rebondir, en mieux. Construire une société de la mobilité, promouvoir la culture du changement, c’est lutter contre la précarité si les dispositifs adéquats et protecteurs sont mis en place – et seule la gauche le fera, ou peut-être de longues luttes contre une droite du chacun pour soi. Le deuxième mot, il est là, est protection. Celui-là piège aussi, car il est presque toujours entendu comme : garder en l’état, statu quo, maintenir l’existant. C’est illusoire et néfaste. C’est du Mélanchon qui conserve. Une telle protection statique ne protège d’ailleurs plus rien. Le parapluie sert pour une pluie fine ou une légère averse, il ne sert à rien par gros orage ou pluie tropicale. Une politique de gauche ne « protège » plus, dans ce sens là, mais « trampoline », c’est-à-dire amortit la chute, en évite les souffrances, et donne les moyens de rebondir. C’est le nouveau sens à donner à la protection, les dispositifs à inventer ou perfectionner pour l’assurer.
On voit ici que le travail excède l’entreprise. Une bonne partie de ses enjeux la dépassent, et concernent la société : cessation d’activité, mobilité, formation, reconversion, etc. Les acteurs économiques – qui gèrent paritairement les grands organismes - ne sont plus les seuls concernés par l’assurance chômage, la gestion des retraites, la formation, … La société tout entière l’est. Dès lors il faut repenser aussi les frontières du syndical et du politique tant l’interférence est grande, et la confusion des rôles aussi.


La politique



L’international




lundi 29 août 2016

Le CFA est-il un problème monétaire?

Décidément, ça se met à parler beaucoup de ce sujet souvent jugé tabou. En réaction à une série d'articles sur Mediapart ( https://www.mediapart.fr/journal/dossier/international/notre-serie-le-franc-cfa-en-question), les quelques remarques suivantes, osées puisque d'un tout sauf économiste spécialiste des questions monétaires.

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Je me permets quelques réactions de béotien à la série d'articles sur le CFA dont l'argumentaire me semble largement parasité, à son détriment.

PARASITE 1 Faut il être un gbagboiste enfiévré pour se livrer à une analyse critique du système CFA? Je ne le pense pas. Certains a priori et formulations outrancières me semblent relever d'un autre combat que je ne discuterai pas mais qui nuisent au propos au risque de le rendre inaudible. La patte de certains des rédacteurs, ou concession à Mediapart?
 
PARASITE 2 La France. Elle est coupable de tout et de son contraire. D'avoir imposé la devaluation de 84, de la refuser depuis. De profiter honteusement des réserves. De laisser les dirigeants les accumuler. Le rôle qu'on lui fait jouer ici est celui du punching ball. On lui porte les coups qui devraient ou devront être portés aux vrais adversaires, mais c'est diversion. Ça peut plaire à l'auditoire mais ça occulte les vraies questions. Quand bien même tout serait vrai (y compris les zestes de mauvaise foi), comment la France pourrait elle s'opposer à la volonté de deux groupes de pays, ensemble ou séparément, de recouvrer leur autonomie monétaire ? Impossible. Dès lors la question devient: Pourquoi cette volonté ne se manifeste -t-elle pas? Et dès lors aussi tout ce discours de dénonciation de la France devient secondaire. Elle en profite? Elle exerce du pouvoir? Pardigue! Elle aurait tord de s'en priver. Mais quels avantages y a-t-il au statu quo qui compensent ces inconvénients et font (à qui?) préférer le maintien ? La réponse selon moi est essentiellement et fondamentalement politique et non monétaire.
Mais quelques remarques préalablement.
 
REMARQUE 1 Il est parlé avec envie de ces pays qui ont leur monnaie nationale, et la gèrent comme des grands. C'est un fait. Mais il ne faut pas oublier l'histoire. Il y a eu une époque où le cédi ghanéen s'est effondré jusqu'à ne plus valoir rien ou s'utiliser par milliards pour acheter une bière. A l'instar du mark de la République de Weimar. Idem au Zimbabwe. Quand je suis arrivé au Nigeria en 1983 la naira s'échangeait contre un dollar. A mon départ en 1987, il en fallait largement plus de 100, je ne me souviens plus très bien. Avec contrôle des changes, non convertibilité et marché noir florissant. Il m'est arrivé d'aller faire mon marché dans l'Ouganda d'après Idi Amin en emportant non pas des liasses de la plus grosse coupure mais des paquets de 10 liasses qu'on ne déficelait plus pour acheter ses tomates. Même dans le sage Kenya le shilling s'est largement et progressivement érodé. Je ne parle pas des pays où le dollar US est devenu la monnaie d'échange la plus courante.
Bien sûr ces pays ont redressé la barre, sous contrainte d'ajustement structurel en général, et certains sont aujourd'hui enviables, même si on peut faire la fine bouche.
Mais ce qui me semble le plus important dans ces processus est la redistribution des cartes qui s'y est jouée.
Tous les revenus d'ordre salarial (en particulier dans la fonction publique) se sont effondrés : à un moment le salaire mensuel de mes collègues à l'université correspondait au prix d'un casier de bière. Tout ce qui était d'ordre marchand, en revanche, pouvait suivre le rythme et s'ajuster vaille que vaille. Y compris les services. Le prof le matin faisait la pub pour ses cours privés de l'après-midi.
Les marqueurs sociaux ont changé. On est passé du statut et de la position au "business minded" ( y compris la marchandisation des possibilités offertes par la position).
Parallèlement les prix des produits importés augmentaient d'autant et les produits locaux devenaient attrayants ou mieux que rien.
Pas sûr que ceux qui peuplent les institutions, qui vivent de salaires et qui consomment de l'importé acceptent de gaîté de coeur la perspective d'une telle remise en cause de leur mode de vie. Pas sûr que ces épisodes dramatiques soient inéluctables et qu'une transition plus modérée soit impossible. La rue Monsieur en 84 s'évertuait à imaginer des dispositifs qui amortiraient les effets de la dévaluation pour les populations, aisées en particulier. Pas sûr non plus que les changements de mentalités induits par les crises dans les autres pays puissent se produire aussi.
 
REMARQUE 2 Monnaies nationales ou régionales? Là encore la question est secondaire par rapport à une autre: Quelle politique économique pour le développement de quelle société ? S'il s'agit d'un chacun pour soi et d'une course à la compétitivité, go national, et les plus faibles seront vite distancés. Mais gare à la fable des grenouilles. S'il s'agit de développer les échanges entre pays sur la base des avantages comparatifs, de valeur ajoutée locale et de vastes marchés, il faut une monnaie commune à cette aire d'échanges. Mais comment la bâtir avant que la monnaie du géant, la naira (ou peut-être le dollar) ne s'impose de fait comme la devise des transactions de la zone ?
 
REMARQUE 3 Qui n'a pas grand chose à voir mais dont ne peux m'empêcher en lisant ce qui est dit à propos de Ouattara. Je me souviens là encore que dans les années 90 il était la bête noire des Français pour qui il n'était qu'un suppôt des Américains. Je ne sais qui a joué quel rôle dans la succession au décès d'Houphouët mais à la rue Monsieur ce fut très longtemps "Tout sauf Ouattara", au point de ne rien trouver à redire (to say the least) à la calamiteuse politique d'ivoirité qui n'avait rien à envier à la préférence nationale qu'on dénonçait en France avec horreur. Comme quoi les choses peuvent changer et la perspective historique est toujours intéressante, au moins pour son côté amusant.
 
POUR EN VENIR AU FOND: Le feuilleton Mediapart, substantiel et documenté comme il est, aborde à peine, et par touches subtiles - mais peut-être est ce difficile à énoncer publiquement tout de go - ce qui me semble l'essentiel. Et cet essentiel relève du politique au sens de système d'organisation de la société.
Dans des formations sociales basées sur la rente, c'est à dire sur le contrôle de la ressource et de sa redistribution par les cercles qui détiennent le pouvoir politique, le système CFA s'est révélé particulièrement adapté. Il assure aux bénéficiaires une stabilité appréciable. Une monnaie forte au taux de change garanti maintient le pouvoir d'achat en produits importés et un prix bas payé aux producteurs locaux. Elle décourage la valorisation sur place et l'investissement productif et donc l'émergence d'un entrepreneuriat qui réclamerait d'autres règles. Elle favorise le tête à tête avec les sociétés internationales, générateur de ressources rentières à l'import comme à l'export. Sa convertibilité permet la consommation et les placements à l'étranger au détriment du réinvestissement sur place (mais pour quelle entreprise, puisque leur développement est entravé?). On peut poursuivre. Mais en bref le CFA dans sa pratique permet (a permis?) un fonctionnement pépère du système rentier. C'est la Caisse d'épargne plutôt que la Bourse. Et une telle assurance a un coût, comme toute assurance. Une certaine dépendance à l'égard d'un tiers à qui on a confié la responsabilité de faire respecter les règles de base du système. On peut comprendre que des décideurs, voire des couches sociales, ne soient pas prêtes à renoncer à un dispositif qui, quoique s'érodant, leur a permis de tenir vaille que vaille tandis que bien des voisins passaient par des phases de chaos. Même si ces mêmes voisins aujourd'hui semblent mieux s'en sortir.
On peut penser que ce système est à bout de souffle. Qu'il étouffe la production, la transformation et les échanges locaux et tout développement endogène basé sur l'initiative entrepreneuriale qui aurait besoin d'autres règles. C'est à dire aussi d'une mutation du politique.
La question n'est donc bien que secondairement monétaire.
 

mercredi 18 mai 2016

Une gauche d'inquisition

Alors que se profile un dénouement pitoyable au désastreux scénario de la Loi Travail, il faut revenir sur la prise de bec largement médiatisée au cours de laquelle un député socialiste soutenant la loi (Christophe Caresche, député de Paris) s’est fait voler dans les plumes par Marie-Georges Buffet. Une envolée magnifique de la part d’une personne de cœur et de convictions qui a su trouver le lyrisme qui émeut les gens  de gauche. Mais réécoutons. LIEN

Qu’avait-il dit, le député ? Que – et il le déplorait – les taux de syndicalisation dans les entreprises, privées en particulier, sont particulièrement bas (de l'ordre de 5% le plus souvent). Hormis dans les secteurs les mieux protégés, la désaffection à l’égard du syndicalisme et de l’activité syndicale est terrible. C’est une situation qu’il faut prendre en compte, et si possible inverser, car elle est très préjudiciable au dialogue et au progrès social.
Est-ce faux ? La proportion de syndiqués n’est-elle pas au plus bas historiquement, et depuis longtemps ? N’est-ce pas dramatique, à de très nombreux égards ? Dans sa réplique, Mme Buffet ne nie pas le fait. Mais pose que LE DIRE revient à « s’en prendre aux syndicats ». Avant de rappeler le rôle joué par eux dans nombre de conflits, qui mérite qu’on leur rende hommage. Mais qui l’avait nié ? La question n‘est pas là, une vérité déplaisante a été énoncée, il y a eu outrage, lèse-majesté, blasphème. La réponse de M-G Buffet ne se situe pas dans l’ordre du discursif et du rationnel, mais du sacré. On a touché aux Saintes Huiles.

Je rapprocherai cet exemple – on aurait pu en citer bien d’autres, de mots à ne pas dire, de formules à forcément employer, pour pouvoir se prétendre de gauche – du perpétuel procès en orthodoxie instruit à gauche contre le gouvernement depuis, de fait, l’élection de Hollande.
Chaque mesure, chaque geste, chaque loi ou orientation politique est passée au crible de sa confirmité à un corps doctrinal dont (toute personne se situant à) la « gauche de la gauche » serait la détentrice autoproclamée, dépositaire de la tradition, gardienne de la doctrine de la foi. C’en sont rapidement suivis (mais c’est une autre tradition d’une extrême-gauche groupusculaire et dogmatique) les qualificatifs et étiquettes diabolisés comme "social-démocrate", ou pire « libéral », mots qui une fois proférés, telle une imprécation (ou fatwa, au choix) maudissent et anathémisent. Toute discussion est close.
Les médias, bien entendu, se sont fait à qui mieux mieux les relais de ces jugements à l’emporte-pièce, simplificateurs à souhait, aisément communicables, où l’on distingue bien le bon et le traître.
Il faut dire que par ailleurs nulle voix ne s’est vraiment levée pour dire haut et fort, en toute cohérence, en quoi et comment, exactement, le monde avait changé, ce qu’il est devenu, pourquoi les catégories historiques, les représentations glorieuses n’étaient plus adéquates à la nouvelle réalité, et qu’il fallait repenser les actions, les politiques, les pratiques sociales si on voulait rester fidèle aux valeurs historiques de la gauche, transformer la société sur la base de ces valeurs, et ne pas se planter avec des mesures flamboyantes mais inadéquates à une évolution durable. « Victorieusement fui(r) le suicide beau ». Mais rien n’est venu. Ce discours visionnaire, on ne peut que le deviner par bribes, dans l’interprétation, si on y prend garde.

Faute donc d’une analyse pertinente de la situation d’aujourd’hui, les visions d’autrefois rappliquent, se plaquent, s’imposent. Faute de correspondre au réel, elles se figent en dogmes auxquels elles prétendent le soumettre. La pensée de cette gauche n’est plus l’analyse concrète de situations concrètes, mais l’incantation d’un idéal, à l’aune duquel on tient procès et juge ad nauseam. On n’a plus des politiques, on a des inquisiteurs.
Pourquoi cette dérive, ou cette rigidification ? Ne tiendrait-elle pas à une grande souffrance dont on n’a pas fait le deuil ? On l’a tant aimée, cette période des 70s. Grands élans, générosité, abondance à mieux répartir, mythologies romantiques, universalisme généreux, le ciel comme limite. Avec elle ses idéaux, ses représentations, ses postures, ses a priori et ses tenues aussi. Mais le monde avait déjà changé (a posteriori, un Raymond Barre avait commencé à le dire, mais c’était une vieille barbe réac).

La vraie rupture a eu lieu en 1983, lorsque la mise en œuvre au pouvoir dans les premières années Mitterand s’est cassé le nez sur le réel économique, et qu’il a fallu faire le grand choix : s’éclater dans un feu d’artifice rouge, ou inscrire une politique de gauche dans la durée. La raison a prévalu, mais la rupture est encore là, au fond des choses : entre ceux qui ont fait mine d’accepter, se promettant dès que possible de revenir à l’idéal, dont ils se proclamaient les gardiens, et ceux qui ont fait croire que c’était une parenthèse, de simples ajustements, et qui n’ont pu faire que ceux-ci, faute de clarté, n’apparaissent comme des concessions alors qu’ils forment une politique.

Les seconds rament au pouvoir, accumulent malentendus et maladresses, faute d’avoir énoncé le cadre général dans lequel ils inscrivent leur action. Ils ne sont pas entendus, et discrédités.
Les premiers tiennent la parole. Leurs positions simples (quoique fausses) s’entendent bien car elles s’inscrivent dans un discours connu, repéré, acquis, qu’il suffit avec les médias d’amplifier. La droite au début du quinquennat a instruit un procès en légitimité. Elle a vite vu qu’elle n’en avait pas besoin, la gauche de la gauche se chargeant du dénigrement, du travail de sape, du blocage. Elle se tient coite, et prépare en silence un retour décomplexé, à surenchères de mesures antisociales.

Dans la souffrance de son passé perdu, la gauche de la gauche a fini par faire de la gauche actuelle son principal adversaire, lui réserver toutes ses attaques, ne mettre aucune limite à la violence de ses expressions. Il n’y a plus pour elle de droite ni même de Front National en France, seul le gouvernement doit être honni. Ni discussion ni concession, attaque frontale. Dans la surenchère à plus de gauche que moi tu meurs, chacun rejoue, et s’y revit, les grands épisodes du passé glorieux. Nuit Debout rêve de refaire Mai 68. Un grand orateur se voit en Jaurès ou Danton, homme providentiel mais, flamboyant, reste plutôt pantin pathétique à ne prôner au fond, derrière l’illusion des mots, qu’enfermement, souverainisme larvé, du fait d’alliances sans issue.


Le contexte actuel est assez désespérant. A ceux qui, Torquemada du XXIème, crient au fascisme gouvernemental, rendez-vous dans deux ans.